facebook_qn

QHAPAQ ÑAN | Inventario geo-fotográfico de las rutas incas.

Qhapaq Ñan La voix des Andes


 

qhapaq_nan_lavoixdesandes

Long-métrage documentaire proposant une série de portraits intimes d’habitants des régions andines vivant le long du Qhapaq Ñan (78', écrit par Sébastien Jallade et Stéphane Pachot, avec la participation d'Aurélia Frey, réalisé par Stéphane Pachot, Elkin, 2009) :

Entretien avec Sébastien Jallade, co-auteur du film / Propos recueillis le 25 mars 2009 par Karen Guillorel (extrait intégral sur son site Internet) :


- Karen Guillorel : "Le film "Qhapaq Ñan, La voix des Andes" a été montré pour la première fois au public, le 4 avril 2009. Tu en es le co-auteur (entretiens, enregistrements sonores, co-écriture) et Stéphane en est le réalisateur (images, montage, musique). Le choix du film est de faire un portrait des habitants des Andes qui se racontent eux-mêmes (réalisme), selon un fil conducteur, qui lui, relève de la fiction : vous avez inventé une radio imaginaire, la “voix des Andes”. Peux-tu m'en dire davantage là-dessus ? Est-ce que cela s’est construit en cours de voyage ou après ? Quel est l’enjeu de cette partie fictionnelle ?"

- Sébastien Jallade : "(...) Ce film est le résultat des aspirations contradictoires de chacun de nous. Il s’est écrit en trois temps.

Avant le départ, nous avions envie de faire un film de voyage sans mettre en scène les voyageurs, ni à l’image ni sur la bande son. Faire de notre pérégrination le sujet principal s’est donc rapidement avéré sans objet. Surtout, nous n’avions pas envie de nous filmer en « temps réel ». C’est une des tendances dominantes que réclament nos sociétés de divertissement actuelles : faire croire que la vérité nait d’une scène filmée en direct, d’une rencontre prise « sur le vif », d’une réalité plus forte parce qu’elle serait puisée dans le sel de l’action (des voyageurs qui souffre en marchant, des coutumes mises en scènes, une rencontre filmée etc...).

Evidemment, nous étions confrontés à une contradiction : comment dépeindre une aventure ou une « rencontre » sans nous montrer ? Sans « voix off », comment donner une unité a film ?

Pendant le voyage, nous avons construit des réponses instinctives pour répondre à ce défi. J’avais écris des synopsis pour la presse. Stéphane s’en est inspiré pour structurer plusieurs séquences du film. L’idée de filmer des personnages ancrés dans leur réalité venait d’un désir collectif d’aller à la rencontre de personnages symboliques, par leur fonction, de la vie andine le long du Qhapaq Nan : un mineur à La Oroya pour exprimer une exploitation irrationnelle de la nature et des hommes, une paysanne à Tarmatambo pour la solitude et le monde rural, l’écolière dans les Andes, à Yanama, pour montrer un chemin de l’écolier à plusieurs jours de marche de toute route ! Tous ces gens vivaient dans des villages où je m’étais déjà rendu auparavant.

Seconde réponse : substituer notre voix par celle des hommes et des femmes que nous avons rencontrées. J’ai effectué plus de 30 heures de témoignages et d’enregistrements sonores de personnes rencontrées en chemin, mais aussi de radios communautaires, de messes, de pèlerinages, de voix diffusées par haut parleur dans des marchés.

Stéphane, de son côté, a fait un travail magnifique pour l’image. Il a amassé des séquences comme autant d'instants poétiques. Il a fait le choix immédiat de ne pas toujours filmer les témoignages que j’enregistrais, comme la couturière par exemple, préférant la poésie d’un lieu ou d’une atmosphère.

Le principe de la radio imaginaire, comme fil narratif central du film, est né au retour : utiliser cette bande son de voix pour en faire des scènes de transition fictionnelle, où l'image et la parole ne forment pas forcément une unité de lieu, qui alternent avec les témoignages intimes qui eux, sont ancrés dans leur réalité géographique. Le grand mérite du travail de réalisation de Stéphane fut de donner corps à tout ce travail de façon émotionnelle et poétique."

(...)

- Karen Guillorel : "Vous avez eu un fonctionnement pour la fabrication de ce film que je trouve particulièrement adapté : tu es resté 6 mois en voyage avec Aurélia Frey, en réalisant des entretiens qui permettaient sans doute une mise en confiance et une intimité avec les personnes rencontrées. Et tu as été rejoint par Stéphane Pachot. Est-ce que selon toi ce mode opératoire a été concluant ? Est-ce qu’il a permis la relation comme tu le souhaitais ?"

- Sébastien Jallade : "Ce mode opératoire fut largement improvisé. En même temps, il était le seul envisageable compte tenu de nos envies respectives.

Il m’est difficile de parler à la place de Stéphane pour ce qui est de la force poétique des images. Nous avons eu la chance de venir d’horizons radicalement différents. Stéphane Pachot a un univers esthétique très fort. Il a voulu privilégier une immersion visuelle et poétique dans les Andes, avec une image cinématographique (focales longues, usage systématique du pied). Pour ma part, en tant que journaliste ayant la nationalité argentine, donc d’un pays traversé par le Qhapaq Ñan, je voulais travailler sur la parole. Je désirais aussi déconstruire les clichés dans lesquels nos médias enferment ces populations : lamas tintinophiles, ponchos colorés… Par ailleurs, beaucoup d’entre eux reconnaissaient mon accent espagnol et une certaine intimité naissait de ce partage linguistique, lors de nos entretiens.

Pour ce qui est de mon apport, je peux simplement dire que le travail sur la parole est une démarche de longue haleine. Pour aspirer à un regard sincère, j’avais besoin de temps et d’immersion dans un voyage radical, empli d’émotions et d’efforts. Un voyage au long cours. C’est également une approche ethnographique, qui suppose une certaine solitude. (...) J’ai également dû renoncer à faire parler les gens sur le Qhapaq Ñan. Ils n’en avaient rien à faire ! Pour toucher à l’essentiel, il m’était impossible de contraindre ces personnes à parler de ce qu’elles ne voulaient pas. J’allais dans la direction que prenais la discussion et non l’inverse. C’est ainsi qu’un dialogue s’opérait et qu’un langage commun s’esquissait. Ces gens évoquaient spontanément des valeurs universelles : la dignité, la mort, la solitude, l’autonomie de la femme. Le défi était de ne pas les enfermer dans le contexte local de leur village ou d’un évènement particulier. "

- Karen Guillorel : "A la fin du film, on entend cette femme qui appelle son fils. Elle le prie de ne pas tomber malade et de bien se nourrir alors que nous, spectateur, voyons ces montagnes magnifiques. Davantage même que l’identité sud-américaine, j’ai ressenti une envolée qui concernait un rapport à la Terre.”Terre mère” qui s’adresse aux hommes avec une tendresse maternelle, malgré le fait qu’elle soit à présent “délaissée” de ses enfants pris par leur vie. Que penses-tu de cette interprétation. Est-ce qu’elle était voulue ?"

- Sébastien Jallade : "C’est une histoire curieuse, très révélatrice du décalage entre nos fantasmes de voyageurs et la réalité andine. Dès avant le voyage, je souhaitais enregistrer un jour une femme parlant au téléphone avec un mari ou un fils exilé au bout du monde. C’est une constante dans ces petits villages perdus. Des grands-mères un peu désemparées font la queue en fin de journée pour appeler un parent éloigné à partir du seul téléphone du village… Ce sont des moments émouvants, qui parlent de séparation et de solitude.

Curieusement, nous n’avons jamais réussi à filmer ni enregistrer une telle séquence. Un jour, j'enregistrai le témoignage d'une couturière, formatrice dans une ONG de fabrication artisanale de poupées. Tout, le décor de maisons en briques et en torchis, la tenue traditionnelle de cette femme et l’atmosphère du lieu, contribuait à me faire croire à une scène « authentique ». À l’instant où elle sortit de sa poche, sous mon regard médusé, son téléphone mobile de dernière génération pour répondre à son fils, je n’en menais pas large avec mon illusion d’exotisme ! Elle m’autorisa, d’un consentement de la tête, à poursuivre mon enregistrement. Je savais que je tenais enfin cette voix téléphonique tant recherchée. Assez paradoxalement donc, cette femme était beaucoup plus connectée au monde moderne que ne le laisse supposer ses paroles, qui sont celles d’une femme souffrant de la séparation avec son fils. Stéphane a fait le choix, au montage, de finir le film sur le décalage entre les images du Machu Picchu et ces paroles. Dans ce film comme dans les Andes, la réalité se trouve probablement entre ces deux pôles opposés, celui de notre fantasme de voyageur et ce que cette femme m’a donné à capter, un jour, au travers de cet enregistrement. En cela, il est impossible de répondre pleinement à ta question !
(...)"

Propos recueillis par Karen Guillorel : extrait intégral sur son site Internet.

 

© Qhapaq-Nan.org - Sébastien Jallade. Tous droits réservés, textes, photos, images, sons. 2010.

 

Qhapaq Ñan Último Artículo Búsqueda
Qhapaq Ñan.org es un proyecto independiente y sin fines de lucro. Propone una base de datos de fotos, videos y testimonios sonoros geocalizados de centenas de kms de caminos incas a lo largo del Qhapaq Ñan en Perú. Tiene 3 objetivos: (1) una herramienta pedagógica accesible a todos, incluyendo un mapa Google Earth (levantamientos GPS) disponible por primera vez por Internet (2) un enfoque sobre los paisajes y elementos de geografía humana, con fichas debidamente comentadas y catalogadas (3) un trabajo colectivo.
Qhapaq Ñan entre Cajamarca y Abancay (Perú) (S. Jallade, S. Dubuis, C. Dandonneau, Diana C. Mogrovejo, V. Decat y Joachm Romain) - 2007 / 2013
Qhapaq Ñan entre Tambo y el Puente Pachachaca (Huancarama, Apurímac / Knut Céspedes Carrasco) - 2014

 

Búsqueda (palabra clave, país, temática)

Búsqueda avanzada

La función de búsqueda avanzada estará disponible muy pronto.